Lifestyle

Le silence ne nous séparera pas : hommage à mon Papi

Il y a des départs que l’on ne peut jamais vraiment préparer. Mon Papi s’en est allé, et avec lui, une pluie de petits rituels qui faisaient mon quotidien. J’ai eu besoin de poser ces mots sur cet écran pour lui rendre un dernier hommage, pour ne pas oublier l’homme qu’il était et le lien qui nous unissait, malgré la distance.

On a toujours habité loin l’un de l’autre. C’est comme ça, et ça rendait forcément les visites plus rares. Mais quand je repense à mon enfance, ce ne sont pas les kilomètres qui me reviennent, ce sont les rituels.

Des souvenirs au goût de sel et de soleil

Je revois le beurre demi-sel qu’il m’achetait systématiquement parce qu’il savait que j’adorais ça. Je me rappelle du frigo dans le garage, toujours rempli de boissons fraîches, et de cette balle de tennis accrochée à la porte du garage sur laquelle on tapait avec nos raquettes. C’était tout bête, mais c’était notre activité favorite quand on passait du temps là-bas.

Dans la maison, il y avait nos photos partout, sur chaque mur. C’était sa façon à lui de nous avoir un peu avec lui au quotidien malgré la distance. D’habitude, c’est nous qui faisions la route, mais ils sont venus une ou deux fois chez nous, ensemble, une fois pour la naissance de mon petit frère et une autre fois avec la marraine et le parrain de mon père. C’était des moments rares dont je me souviens encore très bien. Je me rappelle aussi comme il aimait nos chiens ; il adorait Canyon, et plus récemment, il avait fait la connaissance de la tempête Charlie.

Des minutes précieuses

À cette époque, quand j’avais 10 ans, la communication passait surtout par le téléphone. J’avoue que je râlais un peu quand mon père voulait absolument que je lui parle ; à cet âge-là, on ne comprend pas encore que ces minutes-là sont précieuses.

C’est plus tard, vers mes 16-17 ans, que j’ai commencé à lui écrire des lettres. Il adorait les recevoir, même si avec le temps, il a eu de plus en plus de mal à me répondre parce que ses mains tremblaient trop.

En grandissant, tout a changé. Dès que j’ai eu mon permis, j’ai pu y retourner plus souvent, accompagnée de mon chéri, de ma famille. On partageait la route pour aller le voir, et les appels, que je fuyais enfant, sont devenus notre rendez-vous quasi hebdomadaire.

Mon protecteur et mon premier fan

Au bout du fil, il était devenu mon protecteur. Il prenait des nouvelles, priait pour les compétitions de judo de mon chéri et pour que tout aille bien pour moi. Il n’avait pas pu s’empêcher de mettre mon conjoint en garde, avec son humour habituel, pour qu’il se comporte bien avec moi. De mon côté, je devenais son alliée : je l’aidais pour ses démarches administratives et je l’écoutais, c’était ma façon d’être là pour lui concrètement.

Il était aussi mon premier fan. Il suivait ma vie de loin, commentait absolument tout sur mon Facebook et regardait mes vidéos de chant qu’il adorait. Il en parlait à toutes ses connaissances ; c’était un peu comme s’il était au premier rang. Il parlait de moi avec une immense fierté, et pour lui, ses petits-enfants étaient ses « princes et princesses ».

Un sacré personnage

Et puis, il y avait ces moments où on se retrouvait enfin autour d’une Tropézienne gigantesque qu’il commandait exprès pour nous.

Quand je dis gigantesque, je ne mens pas

C’était un sacré personnage : il râlait pour la forme, adorait discuter avec tout le monde et ne pouvait pas vivre sans ses fruits et sans ses chocolats, bien qu’il soit diabétique. Même à l’Ehpad, s’il n’avait pas son chocolat, il m’appelait pour me dire qu’il n’était vraiment pas content. Pourtant, malgré ses petits coups de gueule pour un carré de chocolat, il restait une figure aimée de tous. Avec ma grand-mère, ils avaient même été élus Miss et Mister Ehpad 2025 ! Une jolie consécration pour ce duo qui n’a jamais cessé de briller aux yeux des autres.

Lors de notre tout dernier appel, il était à l’hôpital. Fidèle à lui-même, il m’a raconté qu’il avait « super bien mangé ». Il a fini en me disant qu’il nous aimait fort, nous ses enfants et ses petits-enfants. Je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir, mais avec le recul, je me dis que ces mots-là étaient son adieu à lui.

Aujourd’hui, ses appels et ses commentaires Facebook me manquent terriblement. Je penserai à lui sur bien des points, à chaque réussite, à chaque chanson, à chaque fois que je verrai du beurre demi-sel ou une Tropézienne.

Il m’a laissé ce titre de « princesse » que je porterai toujours avec fierté. Les kilomètres ne nous ont jamais séparés, et le silence n’y arrivera pas non plus.

Je t’aime papi

Vous pourriez également aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *